Depuis sa naissance, le design évolue dans ses pratiques pour s’adapter au monde dans lequel il évolue. Certaines formes du design, comme le design graphique, s’affirment aujourd’hui pour devenir omniprésentes. En parallèle, on assiste à la naissance et la montée en puissance de nouvelles formes de design, comme le design d’interaction, web, politique ou sonore.

Mais alors quelle place reste-t-il pour le design produit?

Face à l’évolution des pratiques, le design produit tend à se banaliser, jusqu’à devenir un terme générique trop souvent synonyme de décoration ou de mode pour le grand publique, comme le montre son utilisation à tout bout de champs, en particulier comme argument de vente. A l’exception de quelques professionnels et initiés, le terme de design perd pour la plupart, sa connotation d’innovation et de précurseur des tendances.

Pour conserver ses atouts et sa formidable capacité d’innovations, le design produit doit continuer d’évoluer avec son temps, comme il a jusqu’à présent su le faire. Voici quelques propositions de points d’améliorations pour conserver ce niveau de performance:

Gérer le virage écologique : Désormais, dans la conscience du plus grand nombre, les enjeux écologiques sont devenus une évidence. Mais ajouter des pièces en bois, des éléments de couleur verte, et y coller une étiquette écologique sur un produit ne suffit plus. C’est malheureusement le seul traitement écologique que subissent une grande partie des produits. Le designer produit doit essayer de pousser son client à l’utilisation systématique des outils d’éco-conception sur l’ensemble de la vie du produit, pour réellement en minimiser l’empreinte.

Augmenter son niveau de technicité : Le design produit est synonyme de conception de produit innovant. Il est donc naturel que la prestation ne s’arrête pas à la création d’un concept, ni au dessin d’une enveloppe extérieure, mais qu’il intègre la quasi-totalité du marketing et de l’ingénierie. La plupart des designers ont des formations marketing et technique de très bon niveau, ce qui leurs permet de réaliser de prestation complètes, de conception de produits « clé en main ».

S’adapter à la complexité : Dans ce monde hyper-connecté, où l’on nage dans la surinformation, l’ensemble de notre monde se complexifie. Il est temps pour les produits de se simplifier d’autant pour faciliter leurs usages et éviter l’accroissement du niveau de compétence globale nécessaire à leur usage. C’est à ce niveau, que le design d’interaction doit être bien maitrisé et travailler en étroite collaboration avec les designers produits, afin de fournir des ensembles cohérents et facile d’utilisation. On peut le voir par exemple dans les produits Apple, où malgré des hauts niveaux de performance, le design des produits et des interfaces en font des produits facilement abordables.

S’attacher à offrir une valeur ajoutée : Il est important d’essayer de fournir une véritable valeur ajoutée, dans l’usage ou l’expérience, qui ira bien au delà des volontés esthétiques. Pour cela il est important de développer un véritable processus design, garant de l’exploration du plus grand nombre de concepts, et l’observation attentive de l’environnement d’usage et de vente du produit, afin de s’assurer de la conception du meilleur produit du moment.

Concevoir éthique : Le virage écologique ne suffit pas à concevoir des produits éthiques. En ces temps de crise, la société de consommation semble vouloir changer. Cependant l’heure des révolutions n’a pas sonné. Il n’est pas pour autant impossible de concevoir des produits éthiques, permettant une équitable répartition des richesses crée, et offrant un juste service pour le prix de vente. Il s’agit donc de créer des produits de qualité, au juste prix, et fabriqué dans le respect des règles morales. Cette forme de conception permettra en particulier l’accès au véritable design par le plus grand nombre, comme a su le faire par exemple Ikea.

Education et formation : Les défauts de perceptions du design nuisent aux relations client/designer, mais aussi et surtout sur la qualité des prestations. Le travail du designer réside aussi dans l’effort de formation de ses clients lorsque ceux-ci n’en n’ont pas l’expérience. Il est en revanche certain que cet effort ne doit pas être supporté intégralement par la profession. Mais les initiatives régionales et nationales, tout comme les volontés de formation en écoles de commerce ou d’ingénieur sont des exemples encourageant des efforts collectifs pour former le grand public et les collaborateurs des designers.

Ces six propositions ne sont sans doute qu’un échantillon des possibilités d’amélioration et qu’elles peuvent paraître une évidence pour la plupart des designers, elles me semblent au moins être le minimum à réaliser au quotidien. Mais si ces dix dernières années, la vente des produits manufacturés à augmenté de 30%, il est certain que cette tendance ne s’arrêtera pas là, et que si le design de produit sait conserver sa capacité d’innovation, il a de beaux jours devant lui.